La lumière, source de vie
Sur l’espace d’une journée, notre organisme fonctionne selon un rythme biologique, appelé rythme circadien. Sur 24 heures, ce rythme va, à l’image d’un métronome, réguler nos phases d’éveil et de sommeil, nos métabolismes (toutes les transformations chimiques qui se déroulent dans l’organisme), mais également nos humeurs.
Ce rythme circadien est régi par notre horloge biologique, située dans une zone de notre cerveau. Autrement dit, c’est notre horloge biologique (horloge interne) qui régule nos cycles jour/nuit. Le fonctionnement de cette horloge est, quant à lui, orchestré par la lumière du soleil.
La lumière est donc nécessaire pour le réglage de notre rythme circadien.
L’action de la lumière
Pour réguler l’action de notre horloge interne, la lumière est captée au niveau de l’œil, par des cellules appelées cellules à mélanopsine. Elles transmettent la lumière au cerveau par un réseau spécifique, en dehors de celui lié à la vue. Parmi les différents rayonnements, c’est à la lumière bleue que ces cellules sont sensibles. Elle permet au cerveau de déclencher les processus et sécrétions hormonales qui doivent être actives :
Le jour
la sérotonine, qui gère notamment nos humeurs, notre anxiété. Dans la journée, les ondes bleues stimulent nos capacités cognitives, la mémoire, la concentration, la vivacité d’esprit et les capacités d’apprentissage.
La nuit
notre horloge active la mélatonine, encore appelée hormone du sommeil. Lorsque la luminosité naturelle diminue, la mélatonine est donc plus présente. Lorsqu’elle augmente, elle s’efface au profit de la sérotonine.
La lumière bleue : amie ou ennemie ?
La lumière bleue du soleil, naturelle, régule notre horloge et nos rythmes de vie, ainsi que notre bonne humeur. Elle agit en notre faveur. Bien qu’elle soit essentielle pour notre santé, nos comportements et habitudes de vie nous en éloignent. Nous passons de moins en moins de temps dehors. Nous en passons en revanche de plus en plus en intérieur, occupés avec nos écrans.
Les sources lumineuses provenant des tablettes, télévisions, téléphones, ordinateurs et des ampoules LED nous exposent fortement à la lumière bleue, d’une longueur d’ondes différentes de la lumière naturelle, et peut alors devenir notre ennemi.
Au-delà de sa nocivité pour les yeux et plus spécifiquement pour la rétine, notre temps d’exposition sur 24 h devient trop long. L’éclairage de nos habitats avec des LED, qui, moins énergivores, remplacent les lampes à incandescence, associées à l’usage des écrans perturbent le rythme circadien, repoussent la sécrétion de la mélatonine et gênent le sommeil. Le dérèglement de l’horloge interne, en impactant la sécrétion des neurotransmetteurs, impacte aussi notre mental, générant possiblement déprime et anxiété.
Ces sources de lumière artificielle ne remplacent pas la lumière naturelle qui peut faire défaut.
La luminothérapie et ses bienfaits
On peut faire face au manque de lumière naturelle en utilisant des lampes spécialement adaptées. Elles aident à garder un bon équilibre éveil/sommeil avec une bonne régulation de nos hormones sérotonine/mélatonine.
Dans quels cas et comment pratiquer la luminothérapie ?
Anxiété et déprime saisonnière
L’automne et l’hiver sont propices à la dépression saisonnière, qui se manifeste par une perte d’énergie, d'intérêt, manque de concentration, difficulté à prendre des décisions, stress, troubles du sommeil et de l'humeur, tristesse, idées noires, appétence pour le sucre, le grignotage, etc. La sérotonine, hormone qui maintient l’éveil et la bonne humeur, est moins présente dans l’organisme. La mélatonine, hormone qui favorise le lâcher prise, est davantage présente, d’où la baisse de vitalité.
La luminothérapie aide à synchroniser la sécrétion de ces neurotransmetteurs. Le traitement peut durer du début des symptômes jusqu’à leur disparition. Pour être efficaces, les séances doivent être quotidiennes, le matin, dans l’heure suivant le réveil. La lampe ou l’écran doit ainsi diffuser une lumière blanche à spectre complet, sans ultraviolets et amoindrie en bleu. Le patient se positionne à environ 60 cm du panneau lumineux, qui doit être placé dans le champ de vision de manière indirecte. La durée de chaque séance dépend de l’intensité lumineuse mais est en moyenne de 20 à 30 minutes.
Contre la déprime classique, la luminothérapie peut être un remède complémentaire aux traitements chimiques.
Régulation du sommeil
Les dettes de sommeil ont des conséquences sur le quotidien mais également sur le long terme, comme la prise de poids, le diabète, les troubles cardiovasculaires, etc. Les troubles du sommeil peuvent être en lien avec une dérégulation de l’horloge biologique. On parle de retard ou d’avance de phase. La courbe des sécrétions hormonales est décalée dans le temps.
Le retard de phase
correspond à un coucher tardif. On se couche tard, on se lève tard, ce qui n’est pas toujours compatible avec les horaires de travail, qui exigent parfois de se lever de bonne heure. La mélatonine atteint son pic non pas en milieu de nuit comme cela devrait être, mais plus sur le petit matin. En pareille situation, la luminothérapie se pratique également le matin, après le réveil, et avant 10 h. La lumière va accentuer les signes de l’éveil envoyés au cerveau, et de ce fait, recaler l’horloge pour avancer la production de l’hormone du sommeil en fin de journée, et pas plus tard. Les premiers résultats se manifestent en 8 à 15 jours.
L’avance de phase
elle correspond à la situation inverse, avec un coucher tôt et un réveil de très bonne heure. Cette tendance touche essentiellement les personnes âgées. L’exposition à la lumière se fait cette fois en fin de journée, mais pas plus tard que 17 h, également à raison de 30 minutes. De cette façon, on repousse la production de mélatonine.
Jet-lag
Pour ceux qui voyagent, l’exposition à la lumière règle la production de l’hormone du sommeil.
Travail de nuit
Quand l’organisme est soumis régulièrement à des rythmes qui ne concordent pas avec son horloge biologique, la luminothérapie a pour but de la tromper en inversant les facteurs lumière/obscurité. L’exposition doit alors être faite de façon à retarder la mélatonine en fin de journée, pour ne pas dormir au travail. Au retour à l’horaire normal, la luminothérapie se fait au réveil le matin.
Régulation des fringales
Le manque de sérotonine peut générer des fringales et prise de poids. En la stimulant par une exposition le matin, il est possible d’enrayer les envies de sucre, souvent irrépressibles.
D’autres domaines possibles ?
- Des études tendraient à démontrer que des effets positifs sont aussi relevés pour l’immunité. Certains lymphocytes (les T) remplissent leur fonction immunitaire en se déplaçant dans l’organisme pour rejoindre et éliminer les infections là où elles se trouvent. La luminothérapie renforcerait leur mobilité et les rendrait plus actifs.
- Il existe des techniques dérivées de la luminothérapie – la photobiomodulation – qui pourraient agir sur d’autres maux, comme la cicatrisation, la douleur.
Quels que soient les maux à traiter, la cure est bénéfique si les séances sont régulières.