Tout savoir sur la retraite des artisans

Vous êtes artisan, ou vous envisagez de le devenir, et la question de votre retraite vous semble aussi floue qu'un capharnaüm administratif ? Vous n'êtes pas seul. Entre les réformes qui se suspendent, les taux de cotisation qui évoluent et les régimes qui ont changé de nom plusieurs fois en vingt ans, il est parfois difficile de s'y retrouver. Pourtant, comprendre les mécanismes de la retraite des artisans est essentiel pour anticiper sereinement cette étape de vie. Dans ce guide, on démêle pour vous tout ce qu'il faut savoir en 2026.
artisan homme fabrique violon

Un régime qui a changé plusieurs fois de visage

Si vous exercez une activité artisanale en France, votre retraite a connu un parcours administratif un peu mouvementé. Avant 2006, les artisans relevaient de l'AVA, l'Assurance Vieillesse des Artisans. Entre 2006 et 2019, c'est le RSI (Régime Social des Indépendants) qui a pris le relais, une caisse restée dans les mémoires pour ses nombreux dysfonctionnements : erreurs d'appels de cotisations, retards de liquidation, dossiers perdus.

Depuis le 1er janvier 2020, la donne a changé : vos droits sont désormais gérés par la CNAV, dans le cadre du régime général de la Sécurité sociale, via la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI). Ce rattachement a simplifié certaines démarches administratives, mais les artisans conservent des spécificités bien à eux, comme une retraite complémentaire propre, calculée par points.

Comment se calcule la retraite de base des artisans ?

Depuis le rattachement au régime général, le calcul de la pension de base des artisans suit les mêmes règles que celui des salariés du privé : le salaire annuel moyen des 25 meilleures années d'activité, un taux plein fixé à 50 %, et une durée d'assurance requise qui varie selon votre année de naissance.

Les cotisations en 2026

La cotisation vieillesse de base s'élève à 17,87 % des revenus professionnels, dans la limite du Plafond Annuel de la Sécurité Sociale, fixé à 48 060 euros en 2026. Au-delà de ce plafond, un taux réduit de 0,72 % s'applique.

Prenons l'exemple de Tom, artisan plombier à Lyon, qui déclare un revenu professionnel de 35 000 euros pour l'année. Sa cotisation vieillesse de base s'élève alors à environ 6254,50 euros, entièrement calculée sur le taux de 17,87 %, puisqu'il reste sous le plafond annuel.

Un point important à connaître : une cotisation minimale existe, même pour les artisans qui déclarent de faibles revenus. En 2026, elle s'établit à 967 euros, un plancher qui garantit la validation de droits minimaux même en cas d'année difficile.

Valider ses trimestres

Contrairement à une idée reçue, ce n'est pas le temps travaillé qui compte pour valider un trimestre de retraite, mais bien le niveau de revenu déclaré. En 2026, il faut avoir déclaré au moins 1 803 euros de revenu pour valider un trimestre, dans la limite de quatre trimestres par année civile. Un artisan qui débute son activité et dont les revenus sont encore modestes doit donc garder cet indicateur en tête pour ne pas perdre de trimestres inutilement.

La retraite complémentaire des artisans : le RCI

En plus de la retraite de base, les artisans cotisent à un régime complémentaire par points, le RCI (Régime Complémentaire des Indépendants), créé en 2013. Ce fonctionnement est proche de celui des cadres du privé : chaque année, les cotisations versées sont converties en points, en fonction de la valeur d'achat du point en vigueur cette année-là.

En 2026, les taux de cotisation RCI s'établissent de la manière suivante :

  • 8,1 % sur la tranche 1 des revenus (jusqu'au PASS)
  • 9,1 % sur la tranche 2 (entre 1 et 4 PASS)

Petite précision utile : la valeur de service du point n'est pas unique. Elle dépend de la date d'acquisition des points, et pour les droits acquis avant 2013, de votre ancienne catégorie professionnelle (artisan ou commerçant). Un historique qui peut sembler technique, mais qui a un impact réel sur le montant final de votre pension complémentaire.

Un point d'actualité crucial : l'âge légal de départ en 2026

C'est sans doute la question qui revient le plus souvent : à quel âge un artisan peut-il partir à la retraite en 2026 ? Et la réponse a changé récemment, avec une nuance importante à connaître.

La réforme des retraites de 2023, qui prévoyait un relèvement progressif de l'âge légal de 62 à 64 ans, a été partiellement révisée par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, promulguée fin décembre 2025. Contrairement à ce que l'on entend parfois, il ne s'agit pas d'un simple gel à une valeur unique pour toutes les générations concernées, mais d'une trajectoire allégée, propre à chaque année de naissance. Ces nouvelles règles s'appliquent aux retraites prenant effet à compter du 1er septembre 2026.

Voici l'âge légal désormais applicable selon votre année de naissance :

  • Génération 1963 : 62 ans et 9 mois (170 trimestres requis)
  • Génération 1964 : 62 ans et 9 mois, au lieu de 63 ans initialement prévus (170 trimestres, au lieu de 171)
  • Nés entre janvier et mars 1965 : 62 ans et 9 mois, au lieu de 63 ans et 3 mois (170 trimestres, au lieu de 172)
  • Nés entre avril et décembre 1965 : 63 ans, au lieu de 63 ans et 3 mois (171 trimestres)
  • Génération 1966 : 63 ans et 3 mois, au lieu de 63 ans et 6 mois (172 trimestres)
  • Génération 1967 : 63 ans et 6 mois, au lieu de 63 ans et 9 mois (172 trimestres)
  • Génération 1968 : 63 ans et 9 mois, au lieu de 64 ans (172 trimestres)
  • À partir de la génération 1969 : 64 ans, sans changement (172 trimestres)

Chaque génération gagne donc quelques mois par rapport au calendrier initial de la réforme Borne, mais la progression vers 64 ans reste bien réelle : elle est simplement étalée différemment. Bon à savoir également : l'âge d'obtention automatique du taux plein, lui, ne bouge pas et reste fixé à 67 ans, quelle que soit la génération.

Prenons l'exemple de Chantal, artisane fleuriste née en 1964. Avec la réforme initiale de 2023, elle aurait dû partir à 63 ans, en justifiant de 171 trimestres. Grâce à cet ajustement, elle pourra finalement liquider sa retraite dès 62 ans et 9 mois, à condition de justifier de 170 trimestres de cotisation, contre 171 auparavant.

Pour les artisans nés entre 1964 et 1968, la retraite complémentaire du RCI suit exactement le même calendrier que la retraite de base : l'âge d'ouverture du droit correspond systématiquement à l'âge légal fixé pour votre génération, avec les mêmes règles d'abattement en cas de départ avant l'obtention du taux plein.

Un sujet à suivre malgré tout : ces ajustements résultent d'un arbitrage politique récent, et rien ne garantit qu'ils resteront figés dans le temps. Si vous approchez de l'âge de départ, mieux vaut vérifier votre situation personnelle directement sur votre relevé de carrière ou auprès d'un conseiller, plutôt que de se fier à un chiffre unique valable pour tout le monde.

Pourquoi la retraite des artisans reste-t-elle souvent modeste ?

Malgré ces règles alignées sur le régime général, de nombreux artisans constatent, une fois à la retraite, que leur pension reste relativement faible par rapport à leurs revenus d'activité. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène :

  • Des revenus déclarés parfois irréguliers, en particulier en début de carrière ou lors des périodes de crise économique
  • Une assiette de cotisation historiquement plus faible que celle des salariés, principalement chez les commerçants et artisans installés avant les réformes successives
  • Le recours fréquent au statut de micro-entrepreneur, qui, bien que simplifié, génère des trimestres validés sur une base de revenu abattue
  • Une méconnaissance des dispositifs d'optimisation disponibles, faute de temps ou d'accompagnement dédié

C'est précisément pour cette raison que de plus en plus d'artisans se tournent vers des solutions d'épargne retraite complémentaires, afin de sécuriser leur niveau de vie une fois l'activité professionnelle terminée.

Anticiper grâce à l'épargne retraite

Face à ce constat, le Plan d'Épargne Retraite Individuel (PER Individuel) dédié aux travailleurs indépendants représente une solution particulièrement adaptée. Il permet de se constituer une épargne dédiée à la retraite, tout en bénéficiant d'avantages fiscaux intéressants pendant la vie active, les versements étant déductibles du revenu imposable dans certaines limites.

Exemple d'épargne retraite

Prenons le cas de Julien, artisan menuisier de 45 ans, qui décide de verser 150 euros par mois sur un plan d'épargne retraite jusqu'à ses 65 ans, soit sur une durée de 20 ans.

En retenant une hypothèse de rendement moyen prudent de 3 % par an (à titre indicatif, un rendement réel dépendant des supports choisis et des marchés), voici ce que cela représente concrètement :

  • Montant total versé sur 20 ans : 36 000 euros (150 € x 12 mois x 20 ans)
  • Capital estimé à 65 ans : environ 49 000 euros
  • Gain généré par les intérêts composés : environ 13 000 euros, soit plus d'un tiers du capital final qui provient uniquement de la valorisation de l'épargne

Autrement dit, sur ces 49 000 euros disponibles au moment du départ à la retraite, plus d'un quart correspond directement aux effets du temps et des intérêts cumulés, et non aux seuls versements de Julien.

À cela s'ajoute un avantage non négligeable pendant la phase d'épargne : les versements effectués sur un PER avant vos 70 ans sont déductibles du revenu imposable, dans la limite d'un plafond annuel propre aux travailleurs indépendants. Cela signifie que chaque euro versé réduit d'autant le revenu professionnel soumis à l'impôt, ce qui allège la facture fiscale de Julien chaque année, en plus de préparer son capital retraite.

Un effort d'épargne raisonnable au regard de son activité, mais qui peut faire une réelle différence sur le confort de sa retraite le moment venu.

Les bons réflexes à adopter dès maintenant

Pour éviter les mauvaises surprises au moment du départ, quelques réflexes simples permettent d'anticiper sereinement :

  • Vérifier régulièrement son relevé de carrière sur le site de l'Assurance Retraite, pour s'assurer qu'aucun trimestre n'a été oublié
  • Suivre l'évolution de la réglementation, notamment sur l'âge légal, qui reste un sujet mouvant en 2026
  • Se renseigner sur les dispositifs d'épargne retraite complémentaire adaptés aux travailleurs indépendants
  • Faire réaliser une simulation personnalisée de ses droits futurs, idéalement plusieurs années avant le départ envisagé

Chez Radiance Mutuelle, nous savons que la retraite des artisans mérite une attention particulière, tant les règles évoluent régulièrement. Nos conseillers sont à votre disposition pour faire le point sur votre situation personnelle et vous accompagner dans la mise en place d'une solution d'épargne retraite adaptée à votre activité et à vos objectifs. N'hésitez pas à les contacter, et découvrez dès maintenant notre offre PER Individuel dédiée aux indépendants.